Les mots, même anodins, peuvent alimenter la stigmatisation et aggraver la détresse psychologique. Certaines remarques, malgré leur banalité apparente, renforcent l’isolement ou minimisent la souffrance réelle.
Des phrases répandues, souvent lancées sans y penser, trahissent une incompréhension profonde et laissent des traces durables chez ceux qui souffrent de troubles bipolaires. Les nommer, c’est déjà commencer à désamorcer les blessures qu’elles infligent et ouvrir la porte à des échanges plus authentiques, plus humains.
Ce que révèlent certaines phrases : comprendre pourquoi elles blessent les personnes bipolaires
Parler à la légère à une personne bipolaire revient à marcher sur un fil tendu au-dessus du vide. Jeter un « Tu exagères, tout le monde a des hauts et des bas » nie la réalité du trouble bipolaire et sa dimension neurobiologique. Assimiler une phase maniaque ou une phase dépressive à de simples sautes d’humeur, c’est effacer la complexité de la maladie et renforcer le sentiment d’isolement. La stigmatisation s’en trouve renforcée, tout comme la solitude qui l’accompagne.
Ce n’est pas tout : quand on lance un « Décide de te sentir mieux » ou « Détends-toi, fais un truc sympa », on sous-entend que la personne contrôle ses émotions à volonté. Pourtant, le cœur même du trouble bipolaire, c’est la perte de maîtrise, la succession imprévisible d’épisodes et la difficulté à voir venir la tempête. Ces petites phrases, qui se veulent rassurantes, ne font qu’alourdir la culpabilité et éroder l’estime de soi.
Plusieurs conséquences directes découlent de ce type de propos, qu’il faut bien identifier :
- Isolement : la répétition de ces phrases à éviter peut provoquer une mise à distance, volontaire ou subie, du réseau familial ou social.
- Préjugés : affirmer « On est tous un peu bipolaires » entretient la confusion et favorise la banalisation du diagnostic, empêchant l’accès à une prise en charge adaptée.
Dire « Tu utilises ta bipolarité comme excuse » ou « Ne fais pas l’égoïste » revient à jeter de l’huile sur le feu. Ces jugements augmentent la colère, creusent la détresse et, parfois, déclenchent une nouvelle crise. Ils fragilisent les liens, nuisent à la trajectoire de soin et enferment la personne dans une spirale de silence et d’isolement.
Favoriser une communication respectueuse : alternatives concrètes pour soutenir sans juger
Pour accompagner une personne bipolaire, la communication respectueuse n’est pas un luxe, mais un socle solide. Exit les jugements rapides, les comparaisons qui n’ont pas lieu d’être, les injonctions à changer ou à aller mieux. La priorité : écouter sans interrompre, poser des questions qui laissent la place à l’autre. L’empathie ne consiste pas à expliquer ou relativiser, mais à accueillir la réalité de l’autre, sans réserve. Valider un ressenti, dire simplement « Je t’écoute, ce que tu ressens compte », peut transformer la relation et bâtir la confiance.
Voici quelques pistes concrètes pour agir avec respect et efficacité :
- Proposez des actions concrètes plutôt que des conseils génériques. Par exemple : « On choisit une petite étape aujourd’hui, et on réévalue demain » ou « On peut planifier une pause si tu en as besoin ».
- Respectez les limites les vôtres et celles du proche. Posez-les sans humilier, en expliquant le cadre : « Je suis là, mais j’ai besoin de me reposer aussi ».
- Vérifiez toujours le consentement avant toute intervention ou proposition d’aide. L’autonomie se respecte, même dans les moments de vulnérabilité.
Cette alliance repose sur l’adaptation : ajuster la communication selon la phase traversée, clarifier les routines, maintenir le suivi médical et respecter le traitement. Jamais de remise en cause sur la nécessité d’un traitement ou d’un plan d’alerte ; la sécurité prime, et parfois, informer le réseau de soins s’avère nécessaire. Adopter une validation émotionnelle et bannir le jugement, c’est construire un environnement où la stigmatisation recule et où la stabilité devient, peu à peu, envisageable.
Au bout du compte, chaque mot compte : mal choisi, il referme la porte. Juste, il ouvre un espace de confiance où l’on avance, ensemble, vers des jours un peu plus légers.


